Le saviez-vous ? De nos jours, les libraires volent !

Le coworker du moment#16 : Daniel Gauttier

Bien qu’un des premiers à avoir posé ses bagages à Epicentre, Daniel est un coworker épisodique. Pour une raison évidente : il exerce un métier nomade. Un métier bien singulier. Ouvrons le livre de son histoire et feuilletons les pages…

Profession libraire volant : un pied dans Epicentre, l'autre toujours prêt à partir en renfort de l'une des librairies adhérentes.

Profession libraire volant : un pied dans Epicentre, l’autre toujours prêt à partir en renfort de l’une des librairies adhérentes.

Daniel a probablement été le premier au monde à exercer son métier : libraire volant. Un intitulé évocateur et original, qui lui plaît bien. Depuis, il a un peu fait école. Mais cette idée de mutualiser un emploi entre une vingtaine de librairies est née chez nous, au sein de LIRA, l’association des libraires indépendants de la région Auvergne.

Désormais il est le joker de ces petits commerces qui font de la résistance un peu partout en Auvergne. « Par exemple la semaine prochaine, je vais m’installer à Billom pour remplacer un couple qui prend des vacances. Avant ils ne partaient jamais. Et une fois par mois, ils me sollicitent le lundi : en raison du grand marché hebdomadaire, leur jour de fermeture est le mardi. Du coup, ça leur permet d’avoir un vrai week-end », raconte-il. D’autres fois, dans d’autres lieux, il vient plutôt en renfort, dans la grosse période des fêtes ou pour une opération spéciale. Il est aussi aux avant-postes quand différents membres se réunissent pour une action collective. Exemple : la vente des livres au Salon du Carnet de voyage ou l’opération estivale Lire en short.

Une vraie chance

Unique salarié du GECLA – Groupement d’employeurs de la Chaîne du livre en Auvergne – Daniel vole ainsi de ville en village, travaille aussi pour les deux premiers éditeurs adhérents et bien sûr pour LIRA qui est un de ses employeurs. Et quand il ne vole pas ? Il reste à la base, à Epicentre, pour effectuer du travail de coordination, de prospective, d’administration.

« C’est une vraie chance de participer à une aventure aussi innovante alors que je suis en fin de carrière », se réjouit-il.

Une carrière qui a connu bien des détours et qu’il qualifie plus volontiers, comme sur son chouette cv en ligne, de parcours, sentier, trajectoire, itinéraire… De fait, il a fait du chemin, depuis la morne ville de Châtellerault d’où il s’est échappé dès son bac en poche. « Une ville triste, plate, post-industrielle, connue comme la pause-pipi à mi-chemin du trajet Paris-Bordeaux. » Pas de quoi le retenir !

Bout de route avec Léo Lagrange

Première étape à Bordeaux où il entame des études d’Histoire, sans accrocher à l’univers de la fac. Il bosse comme éducateur dans une institution pour ados en difficulté. Au bout de deux ans, on lui propose formation et titularisation. Mais ses aspirations le portent ailleurs. Nous sommes vers la fin des années 1970, la grande période de l’éducation populaire. Daniel, déjà engagé dans le mouvement, s’oriente vers l’animation. Il s’inscrit en IUT et décroche son diplôme d’animateur socio-culturel, tout en s’impliquant dans des centres de loisirs.

Premier poste à Mérignac, dans un quartier rejeté au-delà de l’aéroport militaire. Puis il est recruté pour diriger une maison de quartier dans la même ville. C’est le début d’une belle portion de route avec la Fédération Léo-Lagrange, fleuron de l’éducation populaire, que Daniel verra plus tard s’égarer entre enjeux politiques et déclin d’une certaine conception de la vie citoyenne. Après une dizaine d’années à Mérignac, il dirige pendant deux ans le service culturel d’Auch, à l’époque où cette petite préfecture commence à se construire une identité autour du cirque. « C’était la fin d’une époque à la mairie, mais nous avons pu bousculer des choses, restructurer la programmation, trouver des partenaires intéressants. C’était passionnant », se souvient-il.

Il ne garde pas le même souvenir du poste suivant : la direction d’un théâtre associatif à Avignon, qui engrangeait de l’argent pendant le festival pour pouvoir mener des actions toute l’année. Intéressant, mais il se trouve pris dans un sac de nœuds politique, découvre les contrastes sociaux de cette ville, voit grossir l’influence du Front national. Et subit le mistral quasi permanent.

Aberration économique

Mais peu à peu se dessine un nouvel horizon. Avec sa compagne, Daniel commence à imaginer un projet autour du livre. « Nous n’avions pas d’idée bien nette, mais nous savions que ça tournerait autour de la poésie, la littérature et le théâtre. » Les choses se précisent quand Daniel est licencié. Bye-bye Léo-Lagrange. Il se met à prospecter sérieusement et découvre le village de Montolieu dans l’Aude, qui s’est fait une spécialité du livre d’occasion. Une douzaine de librairies pour 700 habitants. Il se rapproche d’un personnage qui l’accueillera en stage, pour un projet assez ambitieux d’y fonder la première librairie de livres neufs. Ensuite – nous sommes en 1992 – Daniel et sa compagne lancent leur propre projet, La Petite Librairie. Un local minuscule et un beau travail avec les éditeurs, des invitations d’auteurs, de belles rencontres. « Nous nous sommes vite aperçus que c’était une aberration économique, commente-t-il. Nous étions autodidactes, nous n’avions pas beaucoup de livres, peu de moyens. Mais nous avons fait des choses magnifiques. »

Pour faire bouillir la marmite, chacun des deux se trouve un mi-temps. Pour Daniel, c’est la participation à un projet « encore plus fou » : un couple d’Anglais a investi une ancienne tannerie, avec l’intention de fonder un centre d’art dédié à la sculpture monumentale contemporaine. « Le lieu était une friche aux dimensions astronomiques. Mais ils savaient argumenter et ont obtenu l’appui des institutions. »

La Petite Librairie déménage au bout de deux ans dans un ancien café avec plus d’espace, une petite scène, des expos. « Nous avons pu alors mener le projet dont nous rêvions », reconnaît-il.

La vie reste rude. Après cinq ans de cette aventure, le couple se sépare. La Petite Librairie ferme. Daniel tourne une page, ouvert à tous les possibles mais de préférence en librairie. Une vraie formation pourrait l’aider. Il atterrit à Clermont, pour un DEUST « Métiers du livre, option jeunesse ». « A 40 ans, j’étais à nouveau étudiant. C’était difficile économiquement et j’avais l’impératif de trouver du travail très vite au terme des deux ans. Du coup, j’allais à tous les événements autour du livre, je réseautais. » Un stage aux Editions du Cheyne, en Haute-Loire, le rapproche de ce beau projet et il deviendra pour les treize années suivantes bénévole de leur festival des « Lectures sous l’arbre ».

Une ville sans vent !

Mais c’est à Clermont qu’il rebondit. Par le réseau, il a appris que la grande librairie jeunesse Papageno est reprise par la libraire qui y était employée et qu’elle cherche un partenaire. Daniel est embauché le 1er septembre 2002. Période faste. Papageno est une institution reconnue, appréciée. Elle travaille avec les associations, écoles et collectivités. Quand il ne conseille pas les clients, Daniel travaille avec les bibliothèques ou s’emploie à développer une présence sur des salons, des manifestations. Ce sera une aventure de dix ans. Daniel devient clermontois, apprécie cette ville sans vent après Avignon et la Montagne Noire. Il aime aussi sa taille humaine et la moyenne montagne autour.

Daniel intervient aussi sur des initiatives collectives, comme la vente des livres aux Rencontres du carnet de voyage.

Daniel intervient aussi sur des initiatives collectives, comme la vente des livres aux Rencontres du carnet de voyage.

Cette belle époque a pourtant une fin, bien connue à Clermont : la librairie perd d’importants marchés publics et surtout celui de Clermont-Communauté qui gère toutes les bibliothèques de l’agglomération. Après avoir envisagé toutes les hypothèses et suscité une forte mobilisation, les deux libraires, avec l’objectif de sauver la librairie, tranchent ensemble. Daniel, dont le statut de salarié lui permet de toucher le chômage, est licencié.

L’histoire dira que cette mesure n’a pas suffi. Mais Daniel a déjà en tête le prochain chapitre. C’est le moment où LIRA commence à avoir des idées de mutualisation. Il propose de s’engager dans ce projet et cherche en parallèle une formation. Le voilà à nouveau en fac, en décalage par rapport aux autres étudiants et aux enseignants, plus facilement tutoyé par ces derniers que par les premiers. Licence d’Economie sociale et solidaire. Il oriente tous ses travaux et stages autour de la création de ce qui allait devenir le GECLA.

C’est aussi l’époque où LIRA s’installe dans les locaux à peine ouverts d’Epicentre, rue des Gras. « Ça avait du sens, puisque nous étions aussi dans une dynamique de mutualisation. C’est devenu un peu plus compliqué, dans l’open space du nouveau lieu, de faire vivre notre projet associatif. Il y a eu de vives discussions avant le déménagement, mais nous avons fait cette concession parce que ça a du sens. »

Le GECLA naît en juillet 2014. Daniel est embauché en novembre, pile pour appuyer les libraires dans la période des fêtes. Et c’est ainsi qu’il a endossé son costume de libraire volant !

Texte Marie-Pierre Demarty – Photos Sébastien Godot

 

 

Epicentre Factory en route vers la SCIC

La première réunion d'information, le 2 mai à Epicentre.

La première réunion d’information, le 2 mai à Epicentre.

Quelque soixante-dix coworkers, des projets qui se multiplient, des entreprises qui nous « empruntent » l’espace pour booster leur créativité, des envies d’extension, des collectivités qui s’intéressent à notre initiative, des collaborations qui se nouent, des événements qui s’enchaînent… Epicentre Factory commence à ressembler à la ruche active et inspirante dont nous avons rêvé. Mais avec ce développement impressionnant, le tiers-lieu se sent désormais à l’étroit dans ses habits associatifs. C’est pourquoi nous avons lancé le processus pour passer de l’association à un statut de SCIC – Société coopérative d’intérêt collectif.

Qu’implique cette nouvelle configuration ? Tout d’abord, que nous afficherons clairement notre logique économique. Nous pourrons sans ambiguïté commercialiser nos espaces, nos outils, nos services et assurer la viabilité d’Epicentre. Confier des missions rémunérées à coworkers ou membres de l’association. Et réunir un capital qui apparaît aujourd’hui nécessaire pour le développement du projet.

Une vision commune du projet

Ensuite, la SCIC va permettre d’associer toutes les parties prenantes qui s’embarquent dans l’aventure, de quelque façon que ce soit : les coworkers, les salariés, les participants aux événements, les entreprises qui louent nos espaces, les associations qui utilisent le lieu, les structures extérieures avec qui nous nous associons pour proposer des services, les collectivités elles-mêmes…

Enfin, cette mutation peut aussi nous permettre de clarifier notre vision du projet. Car la première condition pour créer une SCIC est de définir son intérêt collectif, qui fait toute son originalité par rapport à une entreprise classique. Il ne s’agit en rien de modifier le fonctionnement d’Epicentre Factory mais de définir clairement sa finalité et de la partager.

Rendez-vous le 20 mai

Reste que le passage de l’association à la SCIC ne se fait pas en un claquement de doigts. Nous avons besoin de mobiliser les parties prenantes pour qu’elles s’impliquent et s’engagent dans ce projet. Il faudra encore plancher sur le type de gouvernance que nous souhaitons mettre en place, travailler à la rédaction des statuts, résoudre toutes les questions techniques… Pour cela, nous bénéficions de l’accompagnement d’un expert, du cabinet Oxalis, dans le cadre d’un dispositif local d’accompagnement (DLA).

Une première réunion d’information a eu lieu la semaine dernière. Elle a permis d’échanger et de répondre à de nombreuses questions. Même si beaucoup de participants ont encore l’impression que tout cela est encore très abstrait, les prochains rendez-vous permettront d’entrer dans le vif du sujet et de rendre le processus plus tangible.

Prochaine réunion vendredi 20 mai à 15 heures. Venez !

Système co s’interroge sur elle-même… et sur ses copains médias

Quand un média citoyen observe d'autres médias citoyens : Quentin et Laëtitia, en visite à Saint-Etienne pur mieux comprendre l'expérience du médialab...

Quand un média citoyen observe d’autres médias citoyens : Quentin et Laëtitia, en visite à Saint-Etienne pour mieux comprendre l’expérience du médialab…

Le journalisme est-il soluble dans le participatif ? Question délicate : il est clair que l’arrivée du numérique et de toutes les possibilités qu’il offre à tout un chacun de diffuser de l’information a considérablement bouleversé ce domaine. Les médias traditionnels s’adaptent et y trouvent de nouvelles ressources, au moins autant que de la concurrence. Des médias citoyens tentent de donner un ton différent, des points de vue particuliers, des informations qui resteraient confidentielles sans leur activité. Comment aujourd’hui se co-construit l’information ? Quelle peut être la place des médias dans notre monde en voie de désintermédiation ? On en cause dans Système Co, une émission qui se revendique elle-même comme média citoyen et collaboratif. Une sorte de mise en abyme…

Pour réécouter l’émission, c’est ici :


Et pour la télécharger, c’est là.

Toutes les références pour tout savoir sur ce qui s’est raconté dans l’émission

Le thème, l’invité :

Et sur place, une "agence de presse" bricolée façon fablab !

Et sur place, une « agence de presse » bricolée façon fablab !

Et les interviews réalisées à Saint-Etienne :

  • Aurélien Marty, fondateur du média des tiers-lieux Amazing et animateur d’un medialab à Open Factory, le fablab du quartier créatif de Saint-Etienne
  • Johan Schoppig, contributeur du blog participatif Saint-Etienne City Crunch
  • Anthony Cote, developpeur d’un serious game d’information immersif, Sasuraï

On a aussi parlé de :

  • Agoravox, média citoyen
  • Radio Campus, notre radio préférée qui s’écoute à Clermont sur 93.3 MHz
  • Bondy Blog, le média né des émeutes des banlieues en 2005, animé par des habitants de banlieues formés par des journalistes
  • Tiny tilios camp, un laboratoire de création de tiers-lieux mobiles, durant la semaine du 4 au 10 avril à Saint-Etienne
  • L’émission Carnet de campagne sur France Inter
  • Prison Valley, webdocumentaire immersif sur une ville prison dans le colorado

Que sont-ils devenus ? la chronique :

Cette semaine, Marie-Pierre a pris des nouvelles de la doume, la monnaie locale complémentaire du Puy-de-Dôme, dont nous avions parlé en janvier 2015 à l’occasion de son lancement. La doume continue à circuler, grâce à 165 prestataires, 40 comptoirs de change et un peu moins de 700 utilisateurs. C’est donc encore modeste mais l’arrivée aux côtés de l’équipe bénévole de deux services civiques va permettre d’accélérer le développement.

L’actu :

  • Du 25 au 28 mai, nous organisons le Printemps d’Epicentre. On cause nature en ville, on met du vert dans la rue Saint-Dominique, on crée des jardinières, et on en profite pour fêter notre anniversaire… Plus d’info très vite, ici même !
  • Les 25 et 26 mai, c’est la deuxième édition de la BPI France Inno Génération : un rassemblement national des entrepreneurs. Une délégation clermontoise y participe : tout est sur leur page Facebook.
  • Le 7 juin à Epicentre, la première édition du Living Orgs Day réunira une centaine de dirigeants d’entreprise et d’acteurs du changement pour lancer une impulsion régionale autour de l’innovation managériale.
  • On salue aussi nos amis de Magik Square, start-up installée à Epicentre, qui a réussi sa campagne de financement sur Kickstarter et a récolté 15 000 euros.

Les musiques de l’émission :

  • I can’t watch this par Weird Al’Yankovic
  • Sortez-les par Tryo

Prochaine émission le 8 juin, toujours à 18 heures sur Radio Campus, 93.3 MHz.

Système co fait swinguer le collaboratif !

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Quelques minutes avant l’émission : à gauche Olivier, un nouvel animateur pour Système Co ; au centre, Nathalie Miel, directrice du Damier ; derrière la vitre, Thomas Schauer, notre deuxième invité, transmet sa play-list à JD et Laëtitia.

Vous connaissez l’histoire du type qui cherche partout ses lunettes alors qu’elles sont sur son nez ? C’est exactement ce qui nous est arrivé. Cela fait presque trois ans que Système Co traque le collaboratif dans tous les recoins de la vie et de la société et nous n’avions pas encore eu l’idée d’explorer une thématique qui relève de l’évidence : parce que la musique est partout dans nos vies, qu’elle est omniprésente sur Internet et sur notre chère radio et qu’elle est par définition LE truc – avec la nourriture – que tout le monde adore partager, il fallait bien qu’on lui consacre une émission. Et aussi parce que c’est sans doute un des secteurs qui ont été le plus bouleversés par l’arrivée du numérique. Téléchargement et streaming ont mis sens dessus dessous l’industrie du disque, remis en scène la musique live, fait réagir les inconditionnels du disque, changé en profondeur les habitudes d’écoute… Mais le secteur fait front et invente bravement les voies pour ne pas tuer la créativité et la diversité artistiques dans l’œuf du mainstream numérique. La preuve avec nos invités du jour !

Pour réécouter l’émission, c’est ici :

Pour la télécharger, c’est là !

Et pour aller plus loin, toutes les références sur ce qui s’est raconté dans l’émission

Le thème, les invités :

Nathalie Miel, directrice du Damier, cluster ou grappe d’une quarantaine d’entreprises de la musique et de l’audiovisuel en Auvergne.

Thomas Schauer, membre du collectif clermontois Flower Coast organisé en coopérative (label, management, évenementiel) pour une dizaine d’artistes.

On a aussi parlé de :

  • La première plateforme de financement participatif de la musique MyMajorCompany
  • Et sur l’histoire et les controverses sur cette plateforme, on pourra par exemple s’informer via l’article de Wikipédia
  • My Band Market, plateforme qui s’appuie sur l’analyse du Big Data pour lancer des projets musicaux innovants mettant en relation les artistes, le public et les marques
  • Muzrs, plateforme permettant de favoriser l’émergence d’artistes par la mise en relation avec le public et les professionnels
  • Grand Bureau, réseau des musiques actuelles en Rhône-Alpes-Auvergne (en cours de construction)
  • Indélab, coopérative réunissant des acteurs de la filière musicale pour l’animation d’une plateforme de streaming indépendant, 1d Touch
  • Le Pack Culture Auvergne, une box proposant des expériences culturelles en Auvergne 
  • Le Tremplin, salle de musiques actuelles à Beaumont et son projet Live Cube
  • A deux pas de la scène, plateforme en projet de programmation participative.

L’interview :

Jean-Pierre Bonnetier, chanteur du groupe Lafayette Regency pour la tournée Hexagone, échange de concerts entre structures de différentes régions.

La chronique de Mister TIC :  les block chains

On commence à en parler mais ça ne dit pas encore grand’chose au public mais cette technologie va nous concerner tous très bientôt. Comme l’explique JD, jusqu’ici on a eu tendance à sécuriser les données en les stockant dans des serveurs forteresses super-sécurisés. Les block chains prennent le contrepied et font le pari que si des données sont très largement diffusées, elles seront trop connues pour être modifiables et deviendront par là-même infalsifiables.  De nombreux secteurs pourront y trouver des applications : banque, santé, systèmes électoraux… Alors prêtez l’oreille : JD vous l’annonce cash, c’est un sujet très technique mais il va changer beaucoup de choses dans notre quotidien. Vous voilà prévenus !

Les actus :

  • Le 4 mai à 10 heures à Epicentre, rencontre « L’innovation, moteur de développement » organisée par le Damier. Renseignements ici. Inscription : contact@ledamier-auvergne.com
  • Magik Square, la start-up qui élabore un jeu pour apprendre la programmation numérique aux enfants, lance son financement participatif sur Kickstarter. Contributions jusqu’au 3 mai.
  • La communauté OuiShare vous donne rendez-vous au Sharing Lille le 23 avril, pour une rencontre sur le thème de « l’économie collaborative au service du territoire ». Tout savoir ici.
  • Venez participer au vide-dressing organisé le 23 avril à Epicentre au bénéfice d’Oxfam, de 14 h à 18 h.

Les musiques de l’émission :

Une play-list spéciale Flower Coast !

  • Anybody Everybody par Thomas Kahn
  • MC en carton par Naouack
  • Like a Candle par Païaka

Prochaine mission mercredi 11 mai à 18 heures, toujours sur Radio Campus, fréquence 93.3 Mhz : on parlera de médias participatifs.

Entrepreneur en free style

Le coworker du moment#16 : Quentin Jaud

Arrivé depuis à peine six mois, Quentin s’est investi dans le projet Epicentre au point de devenir quasi indispensable. Il devient donc urgent de faire plus ample connaissance avec notre plus jeune vice-président.

En six mois, Quentin s'est trouvé une place à Epicentre : celle de "couteau suisse" ou si vous préférez, d' "ouvre-boîte".

En six mois, Quentin s’est trouvé une place à Epicentre : celle de « couteau suisse » ou si vous préférez, d’ « ouvre-boîte ».

Son père dit de lui qu’il ne finit jamais ce qu’il entreprend. Quentin nuance : « Je dirais que je ne m’acharne pas. Quand mes études ne m’apportent rien ou qu’un projet est dans l’impasse, ça me semble plus constructif de passer à autre chose, d’enchaîner très vite sur d’autres projets. »

Des illustrations de ce mode de fonctionnement, son parcours en est jalonné. Dès sa première orientation : « Tout gosse, je rêvais de créer des objets ; je démontais tout pour savoir comment ça fonctionnait. J’ai poursuivi l’idée jusqu’à entrer en IUT pour préparer des écoles d’ingénieurs… et j’ai abandonné au bout de six mois. J’avais compris que ça me conduirait à devenir un minuscule engrenage dans de grosses entreprises, alors que je rêvais de réaliser les choses de bout en bout. »

Entretemps, il a développé d’autres passions qui allaient déterminer sa réorientation. Le vélo d’abord. Quentin pratique le slopestyle, discipline ultra-acrobatique, et l’enduro. Ce qui le mène à inventer, encore lycéen, un système de suspension qu’il va naïvement présenter à des entreprises : elles ne se gêneront pas pour l’envoyer balader tout en gardant l’idée, aujourd’hui brevetée et développée par l’une de ces boîtes. Au même âge, Quentin crée le premier média en ligne consacré au genre, VTT Free Ride, resté depuis le numéro 1 sous son nouveau nom de 26-in. C’est l’occasion de s’immiscer dans le petit cercle des médias spécialisés en sports de l’extrême. Quand une blessure le laisse sur la touche des compétitions pendant de longs mois, il se met à fréquenter ces shows spectaculaires comme photographe.

Un couteau suisse pour le bleu d’Auvergne

Du coup, lorsqu’il enterre son avenir d’ingénieur, il projette de se perfectionner en la matière. Il échoue pitoyablement au concours des Gobelins, car dans cette prestigieuse école, avant d’accéder à un appareil photo, on vous demande de savoir tenir un crayon. Et intègre une école privée à Montpellier, l’ESMA, où il apprend beaucoup la première année, se formant à toutes les techniques et approches. Ensuite, ça se gâte : « La deuxième année, c’était le Club Med ! Sur trente-deux inscrits, quatre sont allés au bout du cursus. En plus, ils ne m’autorisaient pas à aller pratiquer les week-ends sur les compétitions de vélo. C’était totalement contraire à une logique de professionnalisation. » Selon sa logique personnelle, il laisse tomber et retourne photographier les copains : tellement plus cool, sans compter que ça lui permet de gagner sa vie.

Dans la foulée, alors qu’il s’est installé à Lyon et continue cette activité, il complète sa formation par un BTS de communication par correspondance, histoire d’élargir ses compétences. C’est peu dire qu’il les élargit. Ses stages le mènent vers d’autres sports extrêmes : il intègre l’équipe organisatrice du marathon de Lyon, celle des éditions Nivéales dédiées à toutes les formes d’aventures sportives en montagne, ou encore celle qui pilote deux temps forts incontournables des étés cantaliens : le Festival du bleu d’Auvergne et la Fête de la gentiane à Riom-ès-Montagnes. Expériences d’autant plus enrichissantes que les circonstances le font chaque fois arriver sur des missions de communication et se retrouver à endosser des responsabilités d’organisateur beaucoup plus vastes. Il découvre sur le tas la gestion de projet et prend goût, mine de rien, à une vocation naissante de « couteau suisse ».

Une moitié de périple

Pour une fois, puisque ça lui semble utile, il va au bout et obtient le diplôme. Mais ne poursuivra pas par la licence professionnelle un temps envisagée, car un nouveau projet se profile. Avec sa compagne Anaëlle, qui étudie le tourisme, il prépare un grand voyage : « Natures européennes ». Leur objectif est de faire le tour des cinquante-deux parcs nationaux européens en un an et d’en rapporter la matière pour des documentaires, livre, exposition photographique… L’enjeu est d’explorer comment on met en œuvre la préservation de la nature en Europe. S’ajoute un enjeu personnel : « On voulait tester notre capacité à vivre du voyage », explique-t-il. En un an de préparation, ils trouvent des sponsors qui leur fournissent des moyens, du matériel de prise de vue et s’engagent dans les projets de publication ; ils achètent et aménagent un fourgon pour un voyage en quasi autonomie et prennent contact avec les parcs.

Départ en avril 2014. Mais ça ne se passe pas exactement comme prévu : « Nous avions eu des contacts avec les communicants des parcs, tous enthousiastes. Une fois sur place, on s’est rendu compte que les rangers, eux, n’étaient pas informés du projet, n’avaient pas le temps ou pas envie de participer à nos tournages… Au bilan de mi-parcours, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas assez de rushes pour le documentaire. On avait fait en six mois la partie nord du périple : pays anglo-saxons et pourtour de la Baltique. On s’est arrêté là. »

Six mois en mode start-up

Une fois de plus, ironiserait le père de Quentin… Il n’empêche que l’aventure leur a permis de peaufiner le projet suivant, qui allait devenir Identitrip, et d’en vérifier des hypothèses.

« Toutes les composantes du voyage ont connu des ruptures numériques, avec l’arrivée d’Airbnb, du covoiturage, etc. Le seul domaine où on reste sur les anciens modèles est celui de l’information touristique. Les voyageurs nous ont confirmé que les guides n’apportaient pas forcément les réponses à leurs besoins, que les blogs étaient nombreux mais très dispersés. Il manquait clairement un chaînon. »

En 2015, ils se lancent à deux dans le projet, d’abord à Aurillac puis à Lyon. Puis, par le hasard de leur sélection au New Deal qui leur apporte plein de facilités, ils atterrissent à Clermont-Ferrand avec leur carton estampillé « Identitrip ». « J’y avais vécu quatre ans, vers la fin de primaire et le début du collège. Je n’avais pas aimé cette ville, qui me paraissait bordélique, pas organisée… Mais en 2015, elle avait vraiment changé et finalement j’aime bien ! », avoue-t-il.

En plus du New Deal, le projet remporte la bourse French Tech, qui s’avère plus piégeuse qu’utile – et de fait elle n’a pas été utilisée. Ils s’installent à Epicentre en septembre 2015. « Je m’intéressais déjà au coworking à Lyon. J’ai participé à l’élaboration du projet de la Cordée. Le départ pour Natures Européennes m’a empêché de faire partie des fondateurs, mais du coup je suivais sur internet le projet Epicentre. Quand on a été retenu pour le New Deal, nous avons appelé le jour-même pour réserver nos places. Je me souviens être tombé sur Laëtitia, qui n’a pas cru utile de noter nos réservations… Alors que l’idée de ne pas avoir de place, comme ça peut arriver dans les coworkings de Lyon, nous inquiétait beaucoup ! »

Spécialiste en rien

Six mois plus tard, la bourse New Deal se termine et Identitrip, après avoir été construit d’arrache-pied, piétine pour des raisons d’ordre privé… Pour autant, Quentin n’abandonne pas totalement : « Comme l’enjeu n’est plus d’en vivre, j’aimerais essayer de le développer en open source pour voir si une communauté de blogueurs s’en empare… »

Quentin 2

En conversation avec Thibaud, un des fondateurs d’Epicentre. Moment de transmission ?

En attendant, il regarde ailleurs. Celui qui était notre vice-président à peine un mois après son arrivée veut consacrer du temps à redonner de l’élan et de la méthode dans l’organisation d’Epicentre. Il nous initie à la sociocratie, propose des aménagements, apporte des outils numériques… Ce n’est pas complètement désintéressé : notre nouveau « couteau suisse » peut ainsi tester et rôder ce qu’il veut développer professionnellement : « J’aimerais épauler des entreprises, associations ou tout organisme trop petit pour avoir des emplois dans les fonctions support, pour tout ce qui n’est pas leur cœur de métier : les aider dans la communication, la gestion, les outils numériques, les sensibiliser à la transition écologique… J’aime l’idée de ne pas être spécialiste… et d’en faire ma spécialité ! »

Un projet encore flou. Mais Quentin, qui n’aime ni l’immobilité ni le préétabli, le prend avec calme : « Cette année, annonce-t-il, je vais me laisser voguer pour voir ce qui arrive… »

Texte : Marie-Pierre Demarty / Photos : Sébastien Godot